KYOKUSHIN CASTELMAYRAN/SAINT NICOLAS DE LA GRAVE

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Saint-Nicolas de la Grave: 5 septembre 2011
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 LE HAÏKU

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MessageSujet: LE HAÏKU   Sam 4 Aoû - 1:23

LE HAÏKU

Article de Jacques Poullaouec pour Francopolis d'après les questions invisibles de Liette la clochelune autour de son recueil « Haïku du chat » paru aux éditions « la part commune »

Comment et quand j'ai découvert le haïku...
Est-ce que c'est parce qu'on lit que l'on écrit? Est-ce que c'est parce que l'on aime dessiner, tracer des signes sur la neige du papier que l'on devient graveur? Il me plaît en tout cas de savoir qu'en grec c'était le même mot (o grapheus) qui désignait à la fois le peintre, l'écrivain et le copiste.
Je dessine depuis toujours, j'essaie d'écrire de la poésie depuis une vingtaine d'années, je parle de la poésie des autres depuis une trentaine d'années que j'enseigne, je pratique la gravure en taille douce depuis 7 ans.
J'ai découvert et fait découvrir le haïku à mes élèves au cours d'ateliers d'écriture que je leur proposais dans ma pratique professionnelle. Bien sûr j'ai lu des anthologies de haïku comme celle de Roger Munier et j'ai découvert Basho, Buson, Issa .Mais avant de m' ORIENTER, m' ORIENTALISER , ce sont surtout les auteurs OCCIDENTAUX qui m'ont progressivement transformé en haîjin amateur.
Pour répondre à ta question, j'ai cherché dans ma bibliothèque tous les livres qui m'ont mené sur la Voie du haïku. La liste est longue de ces textes courts; voici en vrac quelques titres et auteurs :
Rimbaud et ses "Illuminations", Francis Ponge qui a "pris le Parti des Choses" , compte tenu des mots", Kerouac qui délaisse parfois La Route pour se réfugier comme un Bernard l'hermite dans la spirale et les replis secrets des 3 vers; Ungaretti qui s'éblouit d'infini; Guillevic qui fait d'un rocher un poème ou d'un poème un rocher; Paul Eluard qui donne à voir....Pascal Quignard et Roland Barthes qui ont si bien parlé de l'empire des signes..
Je suis donc longtemps resté à l'Occident avant de me tourner vers l'Orient. Le phare, celui qui m'a fait comprendre que la poésie devait avant tout dire le monde et l'appréhender par les 5 sens, c'est le BAUDELAIRE des Correspondances; se dire avec lui que "la nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois échapper de confuses paroles" et que l'homme s'y déplace dans "une forêt de symboles"... voilà les chemins détournés qui m'ont mis sur la voie du HAIKU.
Pour aller vite et simplifier je donnerai du haïku cette triple définition :
le haïku, c'est une forme; le haïku, c'est un regard; le haïku, c'est une façon d'être et de se dire sans se montrer. scratch

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MessageSujet: Le HAIKU est une forme   Sam 4 Aoû - 1:27

Le HAIKU est une forme


Le haïku est une forme particulière de poème, qui se caractérise par la concision l'ellipse, la brièveté. Belle forme, ramassée, comme l'huître de Francis PONGE, métaphore du texte poétique : il faut savoir l'ouvrir pour la savourer et, plus rare, trouver la perle. En poésie il y a les courts et il y a les longs, il suffit de décaler les sons. (Comprenne qui pourra ! excusez cette contrepèterie digne de l'album de la comtesse!) Le poème court réduit à 3 vers et 17 syllabes (métrique dont le haïjin francophone peut se passer !) est dans l'esprit du bonzaï, un concentré de nature, un maximum de sens dans un minimum de mots ; faire entrer tout un univers dans trois vers. Il faut élaguer, élaguer, raccourcir… C'est très long de faire court.
C'est la concentration qui donne la force du poème à tel point qu'il est difficile de parler du haïku, car c'est déconcentrer le langage, le diluer. N'allez pas commettre le sacrilège de mettre trop d'eau dans votre whisky !
Ce concentré s'obtient par l'ellipse, la juxtaposition et la parataxe préférables à la subordination et à la syntaxe. Supprimez les liens logiques, les conjonctions, les subordinations… posez les mots les uns à côté des autres , comme un rocher, un bambou et un chat sur le sable d'un jardin zen. Là où la cuisine française met de la sauce pour relier les ingrédients, la cuisine japonaise dispose les éléments séparés sur l'assiette pour en faire un plaisir pour les yeux, une œuvre d'art !
L'ellipse, l'élision, les ruptures syntaxiques vont créer des ambivalences et des ambiguïtés qui font la richesse du haïku pour celui qui le lit

SUR LE TOIT DU VENT
CAPTIVE
LA FUMEE……………………………

Est-ce du vent qui captive (emprisonne ou passionne ?) la fumée ? ou est-ce que le vent aurait un toit qui retiendrait la fumée prisonnière ?
Voilà des ambiguïtés qui m'intéressent. Poser des mots, laisser des blancs entre eux, demander au lecteur d'imaginer ce qu'il y a de sens dans ces espaces entre les mots et les choses. Musique des sens et parfois aussi musique des sons : allitérations et assonances peuvent transformer cet objet visuel en objet sonore. « De la musique avant toute chose, et pour cela préfère l'impair » écrivait Verlaine.

C.H.A.T. CES HACHES À THE
CHAT.................CAT
LA HACHE A CHU !

Jouer avec les mots, jouer avec les lettres…j'aime ce genre d'anagrammes phonétiques. Les puristes pourront toujours trouver à redire : l'auteur de haïku ne doit être ni un plantigrade ni un digitigrade qui compterait ses pieds sur les doigts de ses mains. L' esprit doit l'emporter sur la lettre ; le haïku n'est pas dans la lettre mais dans le cœur.
Autre exemple : voici un de mes haïku du chat avec sa traduction en japonais phonétique bien sûr que m'en a faite un ami , professeur de japonais qui a cherché des allitérations et des assonances :

LE CHAT OUVRE SON OEIL
POUR ME LAISSER VOIR
A L'INTERIEUR………………………………………

A l'intérieur du chat ou à l'intérieur de l'œil ?

NEKO NO ME O
NAKANI ARAWA NI
NOZOKI KONI scratch

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MessageSujet: Le haïku est un regard… …porte sur le monde   Sam 4 Aoû - 1:30

Le haïku est un regard… …porte sur le monde


…un regard qui n'exclut pas les autres sensations : voir, regarder, écouter, sentir, toucher et regarder… Bref, ce sont les fameuses synesthésies des Correspondances baudelairiennes
… « Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants / doux comme des hautbois, verts comme des prairies »
Le haïku est un poème qui mêle descriptif et narratif. Il s'agit de jeter un regard sur le monde, comme un zoom, un regard affûté sur un espace restreint, délimité mais qui est comme un concentré du monde : cet espace est comme un temple (où de vivants piliers…) au sens étymologique du mot. L'augure à Rome traçait au sol ou dans le ciel un rectangle virtuel ou magique dans lequel il lisait le monde ou l'avenir. J'aime à me définir comme un CONTEMPL-ACTIF, celui qui met en action tous ses sens pour donner à contempler et à vivre un
instantané, une étincelle entre 2 mots . Créer une illumination, voilà mon but.
Cet instantané, ce polaroïd essaie d'abord de capter l'invariant ( le fueki), l'immuable, ce qui ne bouge pas comme un rocher dans un jardin zen, comme un chat qui fixe sa proie… puis de créer dans cette immobilité , un mouvement, une fluidité(ryuko)… comme un vent qui va rider cette surface d'eau ou le pétale rouge qui va tomber sur la neige, ou la musaraigne qui va réveiller le chat. Le chat est pour moi, l'animal type du haïku et comparable au haïjin : il est capable
de s'absorber totalement dans ce qu'il observe. Mais faites le bouger, il va griffer le sol pour réveiller les ombres. Ajoutez à cela un peu de patine (le sabi), c'est à dire une certaine fascination pour le temps qui passe, un peu de fer rouillé par exemple…Si vous voulez rester fidèle à l'esprit japonais pensez à ménager des ombres en mouvement, cernez le vide et le silence avant qu'ils se remplissent de mots chuchotés dans la brume…autant de subtilités japonaises qui essaient d'établir des relations entre l'espace et le temps, entre le vide et le plein, dont a si bien parlé un certain François Cheng. scratch

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MessageSujet: Re: LE HAÏKU   Sam 4 Aoû - 1:35

Le haïku est une façon d'être… …de se dire sans se montrer.


Pour ROLAND BARTHES, c'est « une autobiographie sans le moi ».
Comment se dire sans se dire tout en se disant ? Ceci n'est pas une question métaphysique pour dyptèrosodomite (sic), mais bien l'enjeu principal du haïku et de son lecteur : NE PAS SE METTRE DANS LE POEME , MAIS SE METTRE HORS DE SOI. Il s'agit d'une sorte de transubstantiation, de transmutation : il faut transmuer son cœur en haïku.Voilà pourquoi dans mon recueil « HAIKU DU CHAT », j'ai voulu rentrer dans l'œil du chat, à la manière d'Alice au pays des merveilles. Ce ne sont pas des poèmes sur le chat, mais des poèmes sur moi. Le chat n'est qu'un prétexte, un PRE-TEXTE; j'ai voulu devenir chat comme Flaubert a voulu devenir Madame Bovary. Qui sait au fond si c'est moi qui ai rêvé du chat ou si c'est le chat qui a rêvé de moi ? Le regard occidental ( que j'ai essayé d'abandonner) est anthropomorphe, le regard oriental est animiste : il voit une âme dans les choses mais pas son âme à lui. Le sujet se dilue dans la contemplation active de la nature : je suis partout puisque je ne suis nulle part.
Je paraphraserais volontiers BORGES en disant :
« Un chat quelque part rêve que je vis. S'il se réveille, je meurs »
Qui sait au fond si le monde vu par un chat n'est pas plus réel que le nôtre ? A moins qu'un chat n'ait rêvé de moi rêvant d'un autre chat ?

JE REVE QUE JE REVE QUE JE REVE !

Pour réconcilier l'espace et le temps, pour rapprocher le Japon de Basho de la France médiévale de Chrétien de Troyes, j'aime voir dans Perceval en fascination devant 3 gouttes de sang sur la neige qui lui rappellent le visage de Blanchefleur sa bien-aimée…un samouraï qui a réussi à maîtriser l'empire des signes, à séparer le signifiant du signifié.

Trois gouttes de sang sur la neige
Quand fond la neige
Où va l'Amour ?

Le haïku c'est la capture dans l'espace
De trois lignes définitivement provisoires ou
Provisoirement définitives scratch

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